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  • Si c'est un livre...

Si c'est un livre...

Reliures et démesures

Reliures anciennes

Blessures et rayures

Reliure estampée sur les Opera d'Hippocrate de Cos

2ème quart du 16e siècle (corps d'ouvrage : 1526)
Reliure estampée (16e siècle)

Aussi riche et massive que soit une reliure, cinq siècles passés sur elle laisse des traces plus ou moins profondes. Sur ce décor de roulettes et filets gras, typique du début du 16e siècle, seule une partie du plat est conservé - et encore, avec de profondes découpes et rayures. Le décor ancien est réincrusté dans un ensemble récent de même matériau. Les mors et le dos sont intégralement refaits.

Le losange, forme primitive

Reliure estampée sur les Opera de Jean de Gerson

Fin du 15e siècle (corps d'ouvrage : 1494)
Reliure estampée (15e siècle)

Sur cet incunable strasbourgeois, le motif losangé visible sur la partie conservée du décor ancien est assez représentative des motifs courants dans l'Est de la France et les pays rhénans au 15e siècle. Le crochet sur le plat supérieur - où s'accrochait la chaîne liant le livre à l'étagère sur laquelle il était consulté - a entraîné une fente dans l'ais de bois, et au final la disparition de la moitié de ce dernier. La restauration opérée à la fin du 20e siècle a suivi les principes habituels : le nouvel ais est nu, sans reproduction de décor.

Italie, mère des arts

Reliure estampée sur les Cynegetica du pseudo-Oppien de Cilicie

Début du 16e siècle (corps d'ouvrage : 1517)
Reliure italienne (16e siècle)

La Vénétie et le Nord de l'Italie n'ont pas seulement été le principal foyer d'imprimerie au berceau de la Renaissance. Un art du livre-objet s'y développa également, avec ses schémas et ses particularités, comme ces coiffes débordantes sur la tranchefile et ces décors floraux.
L'entretien des reliures commence par l'entretien des peaux des couvrures, qu'il faut maintenir souples autant que possible. La doctrine est aujourd'hui un graissage/cirage avec le moins possible d'apport de matière : cette parcimonie nécessaire n'a pas toujours été appliquée, comme en témoignent les résidus blancs indélébiles qui détériorent cette reliure...

Reliures classiques

Les ors du Grand Siècle

Reliure filigranée sur les Sibyllina oracula édités par Johannes Opsopoaeus

Début du 17e siècle (corps d'ouvrage : 1607)
Reliure filigranée et armoriée (première moitié du 17e siècle)

L'or et le cuir, le doreur et le tanneur, sont les deux facettes de l'art de la reliure, du milieu du 16e siècle où la dorure s'impose jusqu'au milieu du 19e où le cuir commence à laisser la place à d'autres matières. Si la lecture est affaire de clerc, la reliure relève, elle, du pouvoir, et donc de l'apparat et du prestige. Matières, profusion de l'or, affirmation de la lignée via les armoiries : tout dans cette reliure du début du Grand Siècle est au service du prestige du possesseur, en l'occurence Thibaud de Morand, baron du Mesnil-Garnier, gentilhomme normand, conseiller au Grand Conseil (1605), Trésorier de l'Epargne, maître de requêtes et garde héréditaire des sceaux de la vicomté de Caen.

Savez-vous du grec ?

Reliure filigranée sur les Histoiriai d'Hérodote

Début du 17e siècle (corps d'ouvrage : 1608)
Reliure filigranée et armoriée (début du 17e siècle)

Les grands auteurs attirent les grandes reliures. Sur ces Histoires d'Hérodote, historien grec majeur de l'Athènes antique, une reliure particulièrement soignée laisse une large place à la dorure et aux armes du chevalier de Saint-Louis qui possédait, pour sa plus grande gloire et accessoirement son érudition, cette prestigieuse édition.

Alde par défaut

Reliure à semé sur la Géographia de Strabon

Fin 17e - début 18e siècle (corps d'ouvrage : 1516)
Reliure à semé (17e - 18e siècle)

Le semé est un décor régulier qui couvre le plat et parfois le dos de l'ouvrage. Sur cette édition prestigieuse - encore un auteur grec, Strabon, dans l'édition donné par le plus grand imprimeur vénitien, Alde Manuce - étoiles et flammèches présentes dans les armes du possesseur sont reproduites sur l'ensemble du volume, avec un encadrement de roulettes dorées faisant dentelle. Le document a été donné à la Société d'Emulation du Jura en 1819 par un futur membre de la société. Le don de documents faisait office de droit d'adhésion : faute de mieux - entendez faute d'ouvrage sur le Jura - le propriétaire se défait de ce petit ouvrage en s'excusant presque...

La force des Durfort

Reliure armoriée sur un Almanach historique de Besançon et de la Franche-Comté pour 1772

18e siècle (corps d'ouvrage : 1772)
Reliure armoriée (18e siècle)

Ce document est, cette fois, un ouvrage local : il s'agit d'un almanach relatif à la Franche-Comté pour 1772 et imprimé à Besançon. Il illustre bien l'emprise d'une grande famille sur une province entière : l'ouvrage est dédié au duc de Lorges, Guy de Durfort, issu d'une lignée de grands nobles homonymes, apparentée à des archevêques de Besançon et autres lieutenants ou intendants. Les armes de Guy de Durfort sont reproduites au centre des plats d'une reliure qui, par ailleurs, est un modèle de reliure du 18e siècle classique : maroquin rouge, dentelle dorée en encadrement, dorure sur tranches.

Reliures romantiques

Un romantisme net

Reliure romantique sur les Lettres à Sophie sur la physique d'Eugène Patrin

1823-1830 (corps d'ouvrage : 1823)
Reliure de Simier (vers 1825)

Si le romantisme littéraire se caractérise par un assouplissement des règles au nom du sentiment, en reliure, c'est au contraire une mise au net, une précision dans le geste et dans le décor qui fait de cette époque la plus riche et la plus inventive des ères de l'histoire. En retrouvant des formes anciennes (le losange par exemple) associées à de nouvelles matières (le maroquin bleu nuit à grain long), et en veillant à une précision dans l'éxecution des dorures, décors et titres, jamais atteinte jusque là, les grands ateliers de Paris et de Province portèrent la reliure au rang d'art majeur. Bozérian, Thouvenin, Simier et le Jurassien Bauzonnet en furent les principaux pionniers.

Le travail à (côté de) la plaque

Reliure romantique sur l'Histoire politique et militaire du Prince Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie par Vaudoncourt

1828-1834 (corps d'ouvrage : 1828)
Reliure à la plaque (Thouvenin, vers 1830)

Dans les grands ateliers comme celui de Thouvenin, le gaufrage des reliures à l'aide d'une plaque modèle peu à peu le goût de l'époque. Mais ce type de décor - qui, peu à peu, d'innovant deviendra trivial - ne doit pas faire oublier l'exceptionnel travail de ces maîtres-relieurs, depuis la solidité de la couture qui lie les cahiers ensemble, jusqu'à l'affinage des peaux pour leur donner plus de souplesse, la sûreté de la main pour tracer les filets et les joindre exactement, ou encore la résistance du montage dans son ensemble, qui donne des documents qui s'ouvrent encore facilement à pleine page aujourd'hui, près de deux siècles plus tard. Les contemporains disaient de ces grands relieurs qu'on reconnaissait leur ouvrage les yeux fermés, seulement au toucher de la peau ou en sentant dans les mains le livre s'ouvrir facilement.

Copies et oeuvres d'art

Reliure romantique sur les Mémoires pour servir à l'histoire ancienne du globe terrestre de Fortia d'Urban

Début du 19e siècle (corps d'ouvrage : 1807-1811)
Reliure romantique anonyme (vers 1830)

Le goût d'un siècle se dessine lorsqu'il n'est plus possible de distinguer l'innovation des formes populaires. Sur cette édition des réflexions de Fortia d'Urban sur l'histoire ancienne, en 10 volumes, la reliure - anonyme - reprend tous les principes de la reliure romantique : couleur profonde, glaçage des peaux, association d'une plaque et de décors à la roulette, de la dorure et du décor à froid - c'est-à-dire sans reliure. Il s'agit probablement d'une production d'atelier et non de maître, d'une copie ou du moins création très fortement guidée par des oeuvres existantes, avec réutilisation de fers et de plaques revendus au gré des fermetures d'ateliers. Malgré la quantité et une production probablement à forte cadence pour l'époque, ces reliures n'en restent pas moins de grande qualité de facture, et parfois de goût.

Reliures modernes

L'ère nouvelle

Reliure d'éditeur sur le Livre du centenaire de l'Ecole Polytechnique

1894-1897 (corps d'ouvrage : 1894-1897)
Reliure percaline d'éditeur (fin du 19e siècle)

Pendant plusieurs siècles, la reliure est du ressort du possesseur. Avec les reliures d'éditeur, la visée change. Sur ce décor sur fond de percaline, c'est le programme de l'éditeur qui se lit. S'agissant du livre du centenaire de l'Ecole Polytechnique (l"X" dans le jargon populaire), école militaire dont l'éditeur Gauthier-Villars était lui-même issu, le décor évoque partout le sujet du livre - cavalerie, artillerie et marine au centre, chiffre de l'Ecole aux angles, "X" discrètement disséminés dans la dentelle d'encadrement - et non plus le statut du possesseur. Une nouvelle page s'écrit.

Aux marges de la reliure

Portefeuille et grands formats

Portefeuille sur l'Atlas Silesiae

18e siècle (corps d'ouvrage : 1750)
Portefeuille de transport d'un Atlas (18e siècle)

Simple morceau de cuir solide enveloppant des feuilles de grand format, ce portefeuille n'en est pas moins marqué d'un décor dit "à la duseuil", fait d'un double encadrement de filets entre lesquels des fers décoratifs rehaussent les quatre angles. Ce décor, particulièrement équilibré, est une des figures de l'âge classique. D'une taille surprenante, ce portefeuille est d'une authenticité remarquable.

Le goût de l'Orient

Portefeuille sur des sourates du Coran

18e siècle (corps d'ouvrage : 2ème moitié du 18e siècle
Portefeuille (Maghreb, 18e siècle)

Le maroquin, le chagrin - autre type de tannage - et la plupart des fers utilisés en reliure ont une origine orientale ou s'inspirent des arts orientaux. Les manuscrits arabes sont pourtant rarement "reliés" au sens occidental du terme. En revanche, le portefeuille à rabat, en cuir travaillé garni de plaques ou gaufré, est une forme traditionnelle de l'art arabe. Facilitant transport et consultation, mais aussi fractionnement et, si nécessaire, corrections - jusqu'à la fin du 18e siècle la majorité de la production écrite en arabe reste manuscrite, voire calligraphiée - ce type de reliure est particulièrement adapté à l'usage réservé à l'écrit dans le monde arabe.

Crédits

Conception et textes: Médiathèque des Cordeliers, Lons-le-Saunier

Numérisation des documents: Médiathèque des Cordeliers, Lons-le-Saunier